Un art de vivre à la française

Obiit héraldique : un art funéraire à redécouvrir

OBIIT HERALDIQUE

Obiit I. VIII. MMXXV - Ghislaine du Mesgnil d'Engente
Création de la Jussienne

Parmi les différentes formes d’art funéraire issues de la culture héraldique européenne, l’obiit tient une place aujourd’hui plutôt méconnue. Il désigne un blason funéraire, le plus souvent peint sur un losange noir ou un carré posé sur la pointe, accroché dans une église ou un lieu familial à la mort d’un noble ou d’un ecclésiastique. L’obiit constitue un mémorial héraldique, témoin d’une tradition à la fois sociale, religieuse et artistique.

L'Obiit - redécouvrir une tradition héraldique du deuil

Qu'est-ce qu'un obiit ?

  • Le mot obiit provient du latin obire (« s’éteindre », « décéder »). La même étymologie a donné le mot obit qui désignait la fondation par testament de la célébration annuelle & perpétuelle de la messe de Requiem ou d’une portion de l’office des morts pour un défunt. Ces pieuses fondations de prières à la date anniversaire d’un défunt étaient registrées par chaque église ou monastère dans un livre appelé obituaire.

OBIIT HERALDIQUE

Obiit I. VIII. MMXXV - Ghislaine du Mesgnil d'Engente
Création de La Jussienne

Des origines médiévales

Cette coutume trouve ses racines dans les usages funéraires de la chevalerie médiévale. Lors des obsèques d’un chevalier, il était d’usage que ses parents et familiers portassent ses insignes personnels : casque, épée, gants, éperons ou encore cotte d’armes, mais surtout et bien sûr son écu – autrement dit son bouclier – orné de ses figures héraldiques. Après la célébration des funérailles, ces objets étaient suspendus au-dessus de sa sépulture, qui alors avait lieu régulièrement dans les églises elles-mêmes. Peu à peu, à mesure que la science héraldique se développait et que l’ancienne chevalerie disparaissait, ces objets concrets ont cédé la place à des représentation héraldiques symbolisant le défunt.

Litres funéraires & Totenschilds

Ces représentations héraldiques furent multiples en variées. Notons en deux plus particulièrement qui préfigurent les Obiit.

1. Les litres funéraires françaises

En France, dans la plupart des provinces, l’usage le plus commun à compter du XIVème siècle fut de peindre ce que l’on appelait des litres funéraires ou litres seigneuriales : on peignait pour les funérailles du seigneur du lieu  (si il avait droit de litre) une bande noire à l’extérieur et à l’intérieur de l’église, sur laquelle on représentait ensuite les armoiries du défunt. En raison de leur nature provisoire, peu de litres ont subsisté. Privilège seigneurial très codifié, leur usage ne résista point à la révolution française.

Littre funéraire de l'église d'Ainay-le-Château

2. Les Totenschilds ou écu mortuaires germaniques

Directement issu de l’usage de suspendre le bouclier du chevalier au dessus de sa tombe (usage attesté dès le XIIème siècle), les Totenschilds germaniques devinrent dès la fin du Moyen-Age des œuvres d’art de plus en plus ornées dans les églises du Saint Empire. Leur caractéristique principale est de représenter désormais les éléments héraldiques par des sculptures en relief. La forme la plus usuelle est ronde (il y eut toutefois une mode de faire des écus mortuaires rectangulaires au XVIème siècle) ; le Totenschild comprend une inscription qui fait le tour du cercle autour du blason central et fournit le nom du défunt, sa date de décès ainsi qu’un appel à prier pour celui-ci. A l’époque baroque, l’ornementation s’affranchit de ces usages et devient de plus en plus exubérante.

L'obiit, une tradition des Flandres

L’usage de l’obiit apparaît dans les Flandres, au nord de la France ou dans les Pays Bas espagnols (l’actuel Benelux) semble-t-il à partir du XVIème siècle.

Sous forme d’un grand carré noir posé sur la pointe ou d’un losange, portant les armoiries du défunt peintes entourées par la mention Obiit (il est mort) et par la date du décès, ce tableau héraldique était d’abord suspendu au dessus de la porte de la maison du défunt, pour la veillée mortuaire. Puis porté en procession devant le convoi funéraire, il était accroché sur le cercueil dans l’église durant les cérémonies des funérailles puis pouvait être rapporté à la maison pour être installé à un mur commémoratif de la demeure, ou encore rester suspendu dans l’église, notamment pour les célébrations de la messe anniversaire du décès (obit).

On note l’existence d’obiit de plus petites tailles qui se suspendent aux cierges du catafalques lors des funérailles de la maison royale de Belgique.

Obiit de Caroline Franckheim 1700
Obiit de Marie-Anne de Roest d’Alkemade 1788

Une tradition répandue dans les Iles Britanniques : les funerary hatchments

Dans les îles britanniques — Angleterre et Écosse notamment —, cette pratique prend une forme tout à fait similaire, quoique sans la mention « obiit ». On parle en anglais de funerary hatchments, qu’on pourrait littéralement traduire par « attachements funéraires » : Le mot hatchment semble en effet provenir du français un terme issu du français (trois étymologies sont proposées : achèvement, attachement ou encore l’ancien vieux-français hachement).

Ces hatchments ornaient initialement la façade d’une maison pendant toute la durée d’un deuil familial puis étaient portées à l’église paroissiale pour y être accrochés à l’issue du deuil.

Des règles précises de deuil gouvernent la composition, dont voici trois principales :

  • Pour un homme marié dont l’épouse lui survit (ou inversement), l’obiit montre les armes d’alliance sur fond moitié noir, moitié blanc, la personne défunte ayant son écu peint sur fond noir, celle survivante sur fond blanc.

  • Si les deux époux sont décédés, le fond alors est entièrement noir.

  • Pour une femme veuve, les armes sont placées dans un losange, selon l’usage féminin héraldique commun.

Obiit anglais, alias Funerary hatchments

Redonner au deuil ses signes et à la mémoire ses emblèmes

L’obiit, à la croisée de la mémoire, de l’héraldique et du sacré, mérite d’être redécouvert. Témoignage d’une culture du deuil où l’art et la foi se rejoignaient, il nous invite à sanctuariser le souvenir dans la beauté des formes.

Sa beauté plastique, sa charge mémorielle, sa sobriété solennelle en font une alternative noble et personnalisée aux simples faire-part. L’obiit peut être :

  • suspendu dans une chapelle familiale,
  • intégré à un oratoire privé,
  • ou même reproduit dans un livre de famille ou un faire-part de décès.

La Jussienne peut vous aider à renouer avec cette tradition oubliée en réalisant des obiits imprimés ou peints à la main, selon les armes du défunt, dans le style des XVIIème & XVIIIème siècles. N’hésitez pas à nous contacter !

Laisser un commentaire